Immunité Covid et vaccins : faisons le point

Les divergences d’opinion autour des vaccins Covid – et des certificats et « fiches de traçabilité » Covid – sont en passe de devenir le nouveau Sonderbund de notre pays (et de bien d’autres).

Une étrange coalition de personnes se réclamant de l’extrême-gauche (5% ?), des médecines « naturelles » (10% ?) et de la droite dure, allant de l’UDC à la « faschosphère » (85% ?) mène contre la loi Covid actualisée une campagne d’une virulence rare. Campagne à laquelle ne répond, pour l’instant, qu’un étrange silence des milieux favorables à ladite loi… Étrange !

Je pense qu’on peut très bien vivre avec cette loi. On peut sûrement vivre sans elle, aussi. Mais je ne suis pas sûr qu’on puisse vivre en se déchirant à son propos. Et quand j’entends, et lis, que des amis ne se parlent plus, que des familles sont en rupture, que des entreprises sont en tension permanente du fait de ces divergences d’opinions, je me dis qu’il y a lieu de s’inquiéter. Fort.

Faut-il maintenir, voire accentuer la pression pour que de plus en plus de gens se vaccinent contre le Covid ? Qu’est-ce que ça apporterait au juste, que 90 ou 100% d’entre nous soyons vaccinés ?

Vacciné ou non : ça change quoi ?

J’aimerais rappeler ici l’état de la question, pour ce qu’on en sait aujourd’hui (ou du moins ce que j’en comprends au fil de mes lectures) :

  1. Une personne vaccinée peut fort bien « recevoir » le virus et en devenir porteuse. Elle peut même tomber malade, mais avec un risque très réduit de contracter une forme grave, nécessitant une hospitalisation voire une oxygénation artificielle.
  2. Cette personne « vaccinée porteuse » peut évidemment en contaminer d’autres (les « rendre porteuses », donc). Personnes qui à leur tour tomberont malades ou non, mais avec une probabilité de forme grave beaucoup plus faible au cas où elles seraient elles-mêmes vaccinées.

La contamination peut donc être provoquée par des personnes vaccinées tout comme par des personnes non vaccinées. Les avis semblent par contre diverger quant à savoir si les unes ont plus de chances que les autres de transmettre le virus :

  • On peut imaginer que les personnes vaccinées, même porteuses, ont une charge virale plus faible, et donc une probabilité d’infecter autrui plus faible aussi.
  • Mais on peut aussi imaginer que les personnes vaccinées prennent moins de précautions que les autres, d’où une probabilité d’infecter autrui… plus forte !

Dans l’ignorance où nous sommes, TOUS (oui, tous : autant les “pro-vaccins” que les “anti”, autant les “pro-loi Covid” que les “anti” !) à ce sujet, il est juste décent de ne pas en tenir compte.

Ainsi donc : Ce qui change, si l’on se fait vacciner, c’est la probabilité de contracter soi-même une forme grave du Covid. Sur la probabilité d’en contaminer d’autres, on ne sait rien pour le moment !

Si nous étions tous vaccinés, le virus continuerait bien entendu de circuler. Mais chaque personne aurait un risque très réduit de contracter une forme grave du Covid. De devoir être hospitalisée. Peut-être même aux urgences. Éventuellement d’en mourir. Ce n’est pas rien ! Et l’on pourrait sans doute, comme en rêvent beaucoup d’entre nous, se remettre à vivre « normalement », sans masques et sans attestation Covid. Youpi !!

A qui servent les précautions ?

Il apparaît ainsi que les précautions auxquelles nous sommes tous et toutes soumises actuellement – port du masque, attestation Covid, « fiche de traçabilité Covid » pour passer une frontière – servent essentiellement à limiter les risques de contamination des personnes non vaccinées – celles pour qui le risque de formes graves de la maladie est plus fort.

Dès lors j’ai du mal à comprendre pourquoi ce sont justement ces personnes-là qui crient au scandale devant les précautions auxquelles on entend les contraindre… et nous avec elles !

Si l’on considère que la santé publique est un bien commun, que faire ce qui est à notre portée pour éviter de surcharger le système hospitalier est effectivement de la responsabilité de chacune et chacun, alors : oui, se faire vacciner relève de la « responsabilité sociale ». Du moins aussi longtemps que la situation hospitalière reste tendue, qu’un emballement du nombre de cas est possible.

A contrario, si dans un an, deux ans, seule une faible minorité de gens refusaient encore ce vaccin, elles ne représenteraient, pour la collectivité, pas davantage de risque que n’en représentent, par exemple, les fumeurs : Eux aussi on pourrait les accuser de « remplir inutilement les hôpitaux » de leurs tumeurs du poumon. Ou les sportifs : leurs innombrables accidents musculaires, tendineux ou osseux coûtent également très cher à la communauté des contribuables, et seraient parfaitement évitables pour peu que ces personnes changent de hobby !

Accuser les « anti-vacc » de briser la solidarité sociale, d’ignorer la responsabilité sociale, comme on le lit et entend souvent, est donc à la fois vrai et faux. Vrai dans une perspective à court terme, celle de la crise sanitaire mondiale ; faux dans une perspective à long terme, celle d’un monde où la cohabitation entre l’humanité et le SARS-CoV-2 se sera apaisée, comme elle l’a fait au fil des siècles avec nombre d’autres virus.

S’opposer au nom de la liberté ?

Par contre, l’argument inverse est tout à fait absurde : prétendre, comme on le lit ces jours sur les affiches des opposants à la loi Covid, que ladite loi « divise la société », c’est justement ça – ces propos – qui la divise, la clive en camps de plus en plus férocement opposés.

Je l’écrivais en introduction : une forte majorité parmi les opposants à la loi Covid, dans sa 2e mouture tout bientôt soumise au vote, appartient à une droite « dure » voire faschisante. C’est également le cas en France, en Italie… et sans doute ailleurs. En écrivant cela je ne fais nullement polémique : je relève simplement ce que les chercheurs ont constaté, ce que d’ailleurs révèlent les panneaux et banderoles brandis lors des manifestations « anti-contraintes ». Curieux paradoxe qui voit ces gens, dont les idéologies sont ultra-autoritaires, s’élever contre une loi de protection sociale au nom de la liberté.Ou plutôt d’une conception de la liberté qui relève de l’adolescence, chez les gens ordinaires… Faire ce que je veux quand je veux comme je veux… Sans me soucier des effets sur autrui… Mon dieu !

Décidément les personnes d’obédience « libertaire » feraient bien de se méfier : Comme l’écrivait récemment une philosophe française, Mme Valérie Gérard (citée par le Courrier du 21.10.21) : « À défiler avec des fascistes contre l’autoritarisme, on risque alors surtout de renforcer le fascisme, et, à terme, l’autoritarisme ».

Il serait bon de ne pas l’oublier…

Morges, le 31.10.2021 / Philippe Beck

One thought on “Immunité Covid et vaccins : faisons le point

  1. Merci Philippe pour cette analyse équilibrée. La distinction entre le court terme et le moyen terme me paraît particulièrement pertinente. A long terme, nous pourrons probablement nous comporter avec le COVID-19 comme on le fait avec le virus de la grippe, à savoir se vaccine seulement qui en ressent la nécessité et basta. Mais on n’en est pas encore là…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code