Un monde moins macho

Tandis que certains se complaisaient dans un spleen de confinement et que d’autres avaient le doigt vissé à leur souris, la société suisse vivait une révolution féministe qui s’est traduite dans les urnes, notamment à Sion et Neuchâtel. Les résultats sont parlants : en mars d’abord, un saut de 19% à 35% dans la représentation des femmes au Grand Conseil valaisan. Le canton est pourtant réputé conservateur. Mieux encore, en avril, le passage à une majorité féminine dans le législatif neuchâtelois avec 58% des sièges.

 Bien sûr, il y a les explications habituelles: la pandémie a mis en évidence les limites du jeu politique traditionnel, la crise climatique mobilise les femmes et certains partis bourgeois se sont décidés à mieux positionner les candidates sur leurs listes.

 Je crois pourtant que les causes de cette évolution sont à rechercher plus loin. Il y a eu les prémisses indispensables avec l’introduction du suffrage féminin en 1971, mais c’est la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin, en 1989, qui a rendu le monde moins macho. Jusqu’alors, on avait deux blocs dont les ténors s’affrontaient comme des coqs de combat. C’était le triomphe de la virilité à l’ancienne. Il fallait montrer du muscle, que ce soit rhétoriquement ou militairement, pour assurer ses positions. Ce type de confrontation faisait peu de cas des femmes, exclues de la caste militaire et doutant trop d’elles-mêmes pour oser se lancer dans la bagarre.

Depuis lors, le monde n’est pas vraiment devenu plus pacifique. La guerre économique a remplacé la guerre froide, mais le champ du possible est devenu plus vaste. La fin des deux blocs a permis l’irruption de nouvelles thématiques ainsi qu’une plus grande nuance dans l’arène politique. C’était la chance de toutes celles et ceux qui peinaient à trouver leur place dans le monde d’avant, à commencer par les femmes.

En Suisse, l’évolution n’a certes pas été rapide, mais elle a été quasiment constante depuis 1971. Les femmes ont renforcé petit à petit leur position dans les parlements et même au Conseil fédéral où elles ont brièvement été majoritaires. Le saut récemment effectué en Valais et à Neuchâtel constitue cependant une rupture. Encouragées par la grève féministe de juin 2019 et par les circonstances du moment, les femmes semblent avoir enfin trouvé la confiance qui leur manquait, non seulement pour se lancer en politique mais aussi pour élire des candidates.  On constate parallèlement que de nombreux hommes, surtout à gauche, ont décidé de placer leurs espoirs en elles.

Bien sûr, rien n’est définitivement acquis mais des barrières invisibles se sont abaissées dans les têtes. Ce sont généralement les plus tenaces. Il faut souligner que ces résultats se sont imposés sans qu’une contrainte institutionnelle soit exercée sur les électrices et les électeurs. Cela devrait être un gage de durabilité.

Christiane Imsand

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