La ZAD du Mormont n’est plus !

Au Mormont près de la Sarraz (VD), la «ZAD de la Colline» a donc été évacuée hier, 30 mars 2021. Sans violence ou presque… Ouf !!

On craignait le pire, à vrai dire : si on savait la gendarmerie vaudoise extrêmement soucieuse d’éviter provocations et bavures, qu’allait-il en être des zadistes ? Frustration, dépit, tristesse et colère sont mauvaises conseillères en matière de contrôle de notre agressivité… c’est naturel. Et puis la rumeur disait que des «Black Blocs» s’étaient mêlés aux zadistes…

Finalement non : selon le porte-parole de la gendarmerie vaudoise, M. Jean-Christophe Sauterel, seuls quelques projectiles ont été lancés contre la police, au début de son intervention (150 gendarmes contre 200 militants), agressions auxquelles la police a répondu par des gaz lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. Un seul blessé léger, côté police du moins ; en face, rien n’a été annoncé à cette heure. 29 interpellations, dont 12 ont abouti à une garde à vue encore en vigueur à l’heure où j’écris ces lignes.

Un grand Ouf, donc ! Car toute violence de la part des zadistes aurait aussitôt nui à leur cause, et rendu suspect chaque soutien à celle-ci. On connaît le pouvoir ultra-clivant, ultra-polarisant, de la violence…

Cinq mois de présence têtue, joyeuse, créatrice de sens social autant que politique, prennent ainsi fin. Mais attention : ce qui prend fin, c’est uniquement l’occupation des lieux. Par contre, cette lutte a permis d’enfin hisser le débat au sujet de l’exploitation industrielle du Mormont, cette magnifique colline à la fois très riche biotope, lieu de détente pour de nombreux promeneurs et souvenir d’une importante implantation celtique, au rang de thème politique majeur, aux niveaux local et cantonal… voire fédéral, l’emprise de Holcim sur la région étant devenue d’importance nationale.

Le béton est-il vraiment à ce point indispensable à nos constructions, qu’on doive tailler et amputer nos montagnes sans barguigner, encore et encore, à tout prix ? Y a-t-il des alternatives, des modes de construction plus économes en cette matière ? Comment les promouvoir ?…

Après la curiosité de départ («Tiens, une ZAD en Suisse ?!»), les soutiens se sont multipliés au fil des mois :

  • de personnalités de premier plan : le prix Nobel Jacques Dubochet, le professeur Dominique Bourg, l’ex-Conseiller d’État Philippe Bieler…
  • les grévistes du climat, les Grands-parents pour le climat, les Vert·e·s vaudois
  • plus de 100 élues et élus politiques vaudois ont écrit le 18 mars au Conseil d’État pour demander à cette autorité:
    – de rencontrer les Zadistes ;
    – d’étudier avec attention le cas du Mormont, «sous l’angle de la biodiversité, de la protection du climat et du paysage» (source) ;
    – «de ne plus délivrer d’autorisations d’exploiter, afin de stopper l’extension de la carrière d’Holcim» (ibidem) ;
  • vendredi 25 mars, une manifestation voyait défiler 1’500 personnes à Lausanne en soutien à la ZAD et aux idées qu’elle défend ;
  • le 30 mars, le député Raphaël Mahaim déposait une interpellation: «Une Municipalité peut-elle descendre dans le caniveau pour faire campagne ?» La vigueur du titre reflète bien le dégoût de ce député devant les attitudes scandaleusement partisanes de la Municipalité de La Sarraz: refus de tout dialogue (sauf avec Holcim bien sûr…), tous-ménages pré-électoral à la population locale salissant l’ASM (Association pour la Sauvegarde du Mormont), avec le beau résultat qu’aucun des 3 élus que cette association comptait au Conseil communal n’y a été réélu le 7 mars (il y aurait amplement matière à annuler cette votation «sous influence» !)
  • hier soir (30 mars), on apprenait que les Vert·e·s vaudois réfléchissent à lancer une initiative populaire cantonale pour «sauver le Mormont et pousser communes et Canton à favoriser les alternatives au ciment dans leurs constructions» (source)
  • on soulignera encore l’intérêt croissant des médias (en tête desquels la RTS et 24 Heures) pour cette cause, pour l’histoire et l’écologie du Mormont, et pour les attitudes plus que douteuses des autorités locales (cf. supra).

Donner à un conflit toute la place qu’il mérite, c’est un des principes clés de la non-violence. A l’inverse, nier un conflit ou procrastiner sont des causes fréquentes de violence. On félicitera donc les zadistes pour le magnifique succès de leurs 5 mois de lutte. Et, au passage, on admirera leur endurance dans les conditions souvent rudes de leur campement, au fil des mois d’hiver, entre froid, neiges, boues et manque évident de confort… Chapeau !

Comme je le notais plus haut, il appartient désormais à la population, locale, cantonale voire fédérale, et aux autorités politiques – vaudoises en premier lieu -, de faire avancer la réflexion sur le sort de la belle colline du Mormont et sur nos modes de construction, trop fondés sur une exploitation sans vergogne des «matières premières» généreusement offertes par nos beaux paysages. Et par voie de conséquence indirecte, sur le pouvoir, sans doute excessif, laissé à une firme (désormais internationale) comme Holcim, au nom de supposés «intérêts économiques prépondérants»…

La ZAD, c’est terminé. Et c’est normal: elle a joué, et avec quel brio, sa fonction de donneur d’alerte. Persister indéfiniment dans un blocage physique du lieu aurait, à mes yeux, constitué un déni de démocratie, une imposition d’une solution unique au conflit, plutôt qu’une incitation à son inscription vraie et urgente à l’agenda politique et social.

La ZAD du Mormont c’est terminé. Mais l’essentiel ne fait que commencer…

Philippe Beck, Morges

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